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Relance-impôts-politique

Le fiscaliste Abdou Hamid Fall dévoile sa position

A la fois universitaire et professionnel, actuellement Conseiller technique, chargé des réflexions stratégiques et des problématiques avancées en matière foncière domaniale, fiscale et cadastrale, M. Abdoul Hamid Fall qui a fréquenté cinq (05 universités au monde dont Paris 1 Sorbonne, l’université de Dakar, Chicago, London of Schools Economics) est Docteur en droit de l’Université de Toulouse. Il a également fréquenté des universités professionnelles comme le Centre d’études financières et professionnelles, le service universitaire de Évreux, à Rouen et l’Institut des finances publiques de Poitiers. C’est ce brillant esprit qui a, au compteur, 34.ans d’administration fiscale, après avoir bouclé tous les échelons possibles qu’un fonctionnaire de la hiérarchie A1 peut accomplir, qui s’est confié. Lisez…

La crise économique

Dans le monde, il y a une crise générale, même les pays les plus développés sont en récession à cause de cette fameuse pandémie de la Covid-19, donc il doit y avoir cet accompagnement que les administrations doivent faire pour soutenir la progression des entreprises synonymes de leur survie.

Moi, je suis pour la continuité de la taxation des entreprises, parce que l’État a besoin de ressources pour financer ses missions et services publics comme la lutte contre la pauvreté, l’accompagnement de l’éducation, etc.

Donc au Sénégal, nous avons vécu une période très difficile entre couvre-feu et état d’urgence, et dernièrement les problèmes politiques. Je pense qu’aujourd’hui les choses sont en train de revenir à la normale et les services de l’État doivent jouer les premiers rôles.

Le premier rôle de l’État est de ponctionner le revenu à la source et de le partager, c’est la notion de redistribution en matière d’impôts. Je rappelle qu’il y a trois fonctions :

  • lever les ressources publiques ;
  • corriger les externalités ;
  • et redistribuer.

Si l’État n’a pas de ressources, il ne pourra jamais redistribuer et cela va l’engager dans une situation de corruption là où le mal va encore plus gangréner le développement de l’État.

 

Les conséquences sont néfastes, parce qu’il y a une éviction budgétaire évidente mais l’État a différé le paiement dans les situations de difficultés des entreprises qui aujourd’hui doivent revenir à la normale.

La théorie de niches

La théorie des niches est ma théorie postdoctorale, j’en suis l’inventeur, j’y ai beaucoup travailler aux États-Unis avec le professeur Warren John’s, le professeur Mac Pedge, le professeur Heler et à Marseille avec le professeur Hugg Lefebvre et j’en suis arrivé à la conclusion suivante : il taxer le secteur informel qui contribue à hauteur de 60% du PIB et qui est taxé à moins de 3% de la recette fiscale sur le PIB, c’est une dichotomie extraordinaire.

Deuxièmement, il faut également que l’État aille chercher la richesse là où elle se trouve. C’est-à-dire dans les grandes entreprises qui gagnent beaucoup d’argent, le dépensent, mais ne paient pas suffisamment d’impôts. C’est pour cela que nous, aux Impôts et Domaines, nous avons créé la direction des grandes entreprises où des garçons merveilleux dont je soutiens le travail sont en train de faire un bon boulot. Cependant, ils ont besoin d’appui politique, car si la volonté politique est absente, la fiscalité ne pourra entrer dans les caisses de l’État.

Publications

J’ai fait beaucoup d’articles dans des journaux de la place et dans le magazine des impôts et domaines du Sénégal

En un moment, j’ai commencé à faire de la recherche et j’ai publié mon premier livre intitulé « le Sénégal à l’épreuve de la réforme fiscale, Tome 1 », préfacé par le professeur Moussa Touré, ancien ministre de l’Economie et des Finances et ancien président de la Commission des Finances de l’Uemoa

Ensuite, j’ai publié le deuxième tome axé sur « l’implémentation de la fiscalité en termes de réformes fiscales et le troisième portant sur la fiscalité dans tous ses états ».

Pour le reste, je suis associé à l’Université de Dakar et j’enseigne également à l’Ucao et en troisième cycle à l’université de Dakar. Je suis également membre associé de beaucoup de cabinets dans la zone Uemoa où j’encadre beaucoup de cadres.

Je pense qu’aujourd’hui dans notre métier, il faut savoir partager, c’est le plus grand mal de mes collègues fiscalistes, ils ne veulent pas enseigner. Ils ne veulent partager, ils veulent rester dans leur giron professionnel.

Actualité politique

L’actualité politique est très perturbée, parce que la politique a investi les secteurs technocrates de l’État. Les grands cadres font de la politique pour avoir des postes de prédilection. Pour ce qui me concerne, j’ai toujours été un technocrate et je le serai toujours. J’ai collaboré avec le président Abdoulaye Wade, le ministre d’État directeur de cabinet Idrissa Seck et mon ami Abdoulaye Baldé avec qui j’ai vécu des situations très difficiles, mais j’ai su garder ma ligne de technocrate. Je considère qu’aujourd’hui, il faut qu’on revienne à ce qu’on appelle la notion d’État, la régularité des procédures, le climat des affaires, le problème de la lutte contre la corruption et la sanction administrative ou pénale pur ceux qui ont fauté par rapport à l’Etat de droit.

Perspectives

Pour les perspectives, je pense que nous allons vers des élections présidentielles en 2024 où tous les enjeux sont ouverts. Je pense qu’aujourd’hui les pouvoirs publics doivent gérer cette situation. Autrement, nous allons vivre ce que nous avons connu ces dernières semaines, des casses, du vandalisme… Ce qui serait dommage pour nos économies. L’Etat doit prendre en compte les préoccupations des populations

Ousmane Sonko

Ousmane fait partie de ceux qu’on appelle l’émergence de la jeune génération en politique Quand on a vu l’ascension de Emmanuel Macron en France, on peut se dire, mais pourquoi la jeunesse ne pourrait-elle pas investir dans un homme politique. Et c’est ce que représente Ousmane. C’est un ami, je lui en veux parce qu’il doit faire sa thèse en Légistique, mais maintenant il n’a plus de temps à cause de la politique. Je considère qu’aujourd’hui si les règles de jeu sont respectées, il a des chances de faire tourner la balance à son profit.

Relation avec d’autres hommes politiques

Je vais citer deux noms. Le premier c’est Abdoulaye Baldé qui est un ami et un frère avec qui j’ai fait mon parcours à la présidence. Nous avons été recrutés ensemble, et au passage, je remercie celui qui était à l’époque le ministre d’État directeur de cabinet du président de la République, M. Idrissa Seck qui nous a introduits dans le système présidentiel, pour nous faire ce qu’on appelle le profilage. D’ailleurs, il a tout mon soutien. Pendant la fameuse affaire Sénégal pêche où j’ai failli perdre ma vie, n’eût été mon honnêteté pendant cette affaire ça allait déboucher sur un gros scandale. C’est ma fidélité en amitié qui nous a sortis de cette affaire.

La deuxième personne avec laquelle j’entretiens d’excellentes relations, c’est l’ancien ministre de l’Economie et des Finances et du Plan, M. Amadou Ba, qui a été un excellent ministre, mais aujourd’hui hors du gouvernement. Il garde toutefois toute mon estime et toute mon amitié et toute ma confiance.

Sur le plan professionnel, je citerai un nom pour en terminer. Assane Dianko, ancien directeur général des impôts et des domaines, j’ai toujours dit que je suis un Assane boy, parce que c’est lui qui m’a fabriqué et Amadou Ba m’a donné la confiance.

Last not but least, je ne peux terminer ces échanges, sans rappeler que mon premier stage je l’ai fait à Louga avec feu Souleymane Ndongo et Macodou Sall, un de mes meilleurs amis, très forts en droit foncier et domanial. Et j’ai fait mon stage de recherche à Ziguinchor

Ce sont les seuls postes que j’ai occupés dans les régions, tout le reste de ma carrière a été faite à Dakar

A la sortie de l’ENA, j’ai été affecté comme Inspecteur d’Ifac (Inspection fusionnée d’assiette et de contrôle).

Je l’ai pratiqué pendant 3 ans avant d’aller à Marseille en 1997, pour faire mon troisième cycle de finances d’entreprise pour ensuite enchaîner sur les Usa, ensuite sur Paris Sorbonne. A mon retour, j’ai été affecté à la législation. Et c’est là où pratiquement s’est jouée toute ma carrière avant d’être sélectionné par le président Abdoulaye Wade qui m’a nommé Conseiller fiscal, chargé de la fiscalité et du budget. Et à mon retour de la présidence, j’ai été affecté au bureau de la stratégie des statistiques et du contrôle. Ensuite, je suis revenu à la Direction générale comme Conseiller technique, c’est le poste que j’occupe actuellement.

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