L’OL peut bien trembler

Read Time:6 Minute, 36 Second

À la recherche d’un nouveau triplé championnat-coupe-Ligue des champions après celui de 2013, le géant de Bavière peut constater avec satisfaction une liste de similitudes flagrantes avec les ingrédients qui ont fait sa réussite à l’époque.

C’est l’année-référence, la performance qui revient continuellement comme modèle, comme exemple à suivre, comme histoire à répéter. “Das Triple”, le triplé championnat-Coupe d’Allemagne-Ligue des champions réussi par le Bayern en 2013, s’est installé dans la mémoire bavaroise et allemande comme un étalon. Plus que le triptyque 1974-1975-1976, ces trois années consécutives de domination du Bayern sur la Coupe d’Europe des clubs champions, plus aussi que 2001, année de la 4e victoire du club dans la compétition.

Si les performances des années 1970 demeurent dans les esprits, c’est sous forme de légendes quasi préhistoriques,

Robert Lewandowski, buteur face au Barça lors de la démonstration du Bayern (8-2), en quarts de finale de la C1 - 15/08/2020

devenue mythiques, de ces épopées au long cours qui installent un statut. Si celle de 2001 demeure essentielle, c’est parce qu’elle a été acquise au forceps, par une équipe de grognards notamment incarnée par l’un des hommes clés du Bayern d’aujourd’hui, le directeur sportif Hasan Salihamidzic, dont le CV a évidemment, comme toujours en Bavière, aidé à assoir la crédibilité de dirigeant. À l’heure de courir après un nouveau triplé – le championnat et la Coupe d’Allemagne déjà en poche –, c’est donc à 2013 que le Bayern et les médias qui le suivent se réfèrent. Pas seulement parce que c’est la dernière année pleine en date, surtout parce que les parallèles avec le Bayern de 2020 sont flagrants.

En avril 2019, alors que le Bayern vient d’infliger un cinglant 5-0 au Borussia Dortmund à l’Allianz Arena, comblant ainsi définitivement un retard sur son concurrent qui avait atteint jusqu’à neuf points, le président du conseil de surveillance, Karl-Heinz Rummenigge, dévoile de manière révélatrice l’une des principales raisons du rebond. “Je suis un farouche adversaire de faire tourner, lâche-t-il dans une émission télé. Je suis totalement partisan d’aligner les onze meilleurs joueurs. Sans cela, le principe du leadership se perd. Quelques trucs sont allés dans le mauvais sens à ce sujet ; nous en avons parlé avec clarté en novembre et les choses ont été corrigées.

Il est alors clair aux yeux de tous que les patrons du Bayern n’hésitent pas à piétiner les plate-bandes de leur entraîneur s’ils en sentent le besoin. En l’occurrence, Niko Kovac avait dans un premier temps établi un turnover dans l’espoir de maintenir la bonne humeur chez chacun, produisant malencontreusement l’effet inverse. Ce mode de management est complètement oublié aujourd’hui : depuis l’intronisation d’Hansi Flick comme entraîneur en chef, la stabilité est quasi totale, tant dans le choix des hommes que dans les résultats et l’impression laissée : ça gagne (presque) tout le temps, ça écrase (presque) tout le temps également. Et ce d’autant plus quand les confrontations sont des matches couperets ou des finales. Une situation qui rappelle furieusement la glorieuse saison 2012-2013.

L’axe, arme principale du Bayern

Du gardien Manuel Neuer à la machine à buts Robert Lewandowski, en passant par le chef de la défense David Alaba, la plaque tournante Joshua Kimmich – même quand il est contraint d’évoluer au poste de latéral droit – et le

Joshua Kimmich - FC Bayern Munich

déclencheur Tomas Müller, Hansi Flick dispose d’un axe très fort, très structuré et très stable, dont les éléments sont tous des leaders, des relais de l’entraîneur sur le terrain, quasiment des coachs eux-mêmes pour leur équipe.

Exactement comme à l’époque de Jupp Heynckes : l’axe était alors constitué des mêmes Neuer et Müller flanqués de Philipp Lahm – comme Kimmich, essentiel à droite comme dans l’axe – et Bastian Schweinsteiger, auquel il faut évidemment adjoindre Franck Ribéry et Arjen Robben. Ainsi armé, le Bayern savait pouvoir se reposer sur de solides fondations. Avec ces hommes, il disposait de tauliers, de joueurs capables d’emmener leurs coéquipiers avec eux et de les pousser à des performances de top niveau. À l’époque, des éléments plus jeunes comme David Alaba en ont pleinement profité, et c’est maintenant au tour d’un autre latéral gauche d’en récolter les juteux fruits : Alphonso Davies. Et les satellites de l’axe, qui à l’époque brillaient par leur complémentarité comme Javi Martinez auprès de Schweini, offrent les mêmes qualités aujourd’hui, à l’image de Leon Goretzka et Thiago Alcantara.

Flick comme Heynckes

Faire partie du onze, en 2013, était systématiquement synonyme de haute performance. Et le tout rendu encore meilleur par le savoir-faire d’un entraîneur qui s’y connaissait pour maintenir une bonne atmosphère dans le groupe, exactement comme aujourd’hui. C’est ainsi que les remplaçants apportent une valeur ajoutée et ne sont pas de simples ersatz : par exemple Philipe Coutinho contre le FC Barcelone, entré en fin de rencontre et auteur d’un doublé en toute fluidité.

Du temps de Jupp Heynckes, tout le monde savait que ça se jouait entre onze ou douze joueurs pour être aligné dans une finale“, se souvient Peter Hermann, adjoint de l’époque, dans les colonnes du bi-hebdomadaire Kicker. “Chacun savait où il allait et quel rôle il avait. Tout le monde l’avait accepté. Jupp avait donné confiance à tous, en échangeant beaucoup avec les joueurs, ce qui était une authentique performance.

Aujourd’hui, les joueurs décrivent la même chose de la manière de fonctionner d’Hansi Flick. Ce dernier est abondamment comparé à son illustre prédécesseur car il sait pareillement y faire en matière de relations humaines et de management. “Il se comporte à la fois comme un père et comme un ami avec les joueurs, tout en suivant une ligne de conduite claire, confirme Georg Holzner, journaliste en poste à Munich. Et il parvient à emporter l’adhésion de tous.

Plus offensif, plus agressif

Ainsi, personne ne bougonne dans son coin ou maugréé dans les médias. Comme en 2013, date à laquelle, on s’en serait douté, l’ambiance au sein de l’équipe était très bonne. “Je suis épaté de l’atmosphère qui règne au cœur de l’équipe et autour d’elle, confirme l’entraîneur actuel. C’est une machine à performer, où tout le monde veut gagner. L’équipe a de l’appétit et, pour un entraîneur, la façon dont elle évolue est une bénédiction de tous les jours. Et c’est important de le préciser.

Cette soif de victoire s’accompagne en outre d’un bagage technique encore meilleur que celui dont disposait “don Jupp”. L’équipe de 2020 est globalement plus forte que celle de 2013, de l’avis de Peter Hermann. “Le groupe d’aujourd’hui, pris dans sa globalité, a plus de qualités encore que celui de l’époque“, affirme le technicien. Ce que confirment les chiffres : en 2012-2013, le Bayern a pris 2,65 points par match, celui d’aujourd’hui 2,75. Avec Heynckes, l’équipe inscrivait 2,8 buts par match avec 8 occasions, aujourd’hui 3,1 avec 9,5 occasions. Le Bayern de Flick est plus offensif, impose un pressing plus agressif, récupère davantage de ballons, tandis que l’équipe d’Heynckes brillait par sa compacité, encaissant 0,6 but en moyenne par match contre 0,7 aujourd’hui.

Lewandowski après son but contre Chelsea.

Cette étanchéité est aussi due, comme à l’époque, à l’imperméabilité de l’équipe aux aléas des blessures et à sa capacité, à l’inverse, à ne pas se laisser gagner par l’euphorie – un penchant qu’Hansi Flick surveille de près pour éviter qu’il n’éclose. Il ne sait que trop bien qu’en 2013, le Bayern n’était pas passé loin de la sortie, en huitièmes de finale contre Arsenal, corrigeant de justesse à Munich (2-0) le score défavorable de Londres (1-3).

Hormis cette sueur froide, la seconde partie de saison des hommes d’Heynckes avait été en tous points éclatante, comme celle du Bayern de 2020. Et Hansi Flick dispose d’une expérience supplémentaire en ce qui concerne les matches qui comptent dans un tournoi : tout le monde se souvient qu’il était adjoint de Joachim Löw lorsque la Mannschaft est devenue championne du monde pour la 4e fois en 2014. Il était, alors, co-décisionnaire et n’avait pas opté non plus pour des expérimentations du genre de celle qui a perdu Josep Guardiola contre l’Olympique lyonnais très récemment…

 

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %

Average Rating

5 Star
0%
4 Star
0%
3 Star
0%
2 Star
0%
1 Star
0%

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Previous post L’antiseche
Next post Les Bucks tombent de haut
Close