Platini-Macron, les liaisons dangereuses

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Des écoutes judiciaires montrent que, contrairement à ce qu’avait affirmé l’Élysée, la situation judiciaire de Michel Platini a bien été évoquée lors d’une rencontre entre le président de la République et l’ancien numéro 10 des Bleus. Emmanuel Macron a ensuite soutenu publiquement Michel Platini.
En ce 3 juillet 2019, Michel Platini est furieux contre Emmanuel Macron. Alors que le président avait selon lui « promis de [l’]aider », l’ancien patron de l’UEFA vient d’être placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête préliminaire pour « corruption » alors menée par le Parquet national financier (PNF) sur l’attribution de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar.
Au téléphone, Michel Platini se dit déterminé à mettre « le couteau sous la gorge » d’Emmanuel Macron, en le menaçant de quitter la France : « Ou on me blanchit complètement, ou je me casse, au revoir et c’est fini. »
Quatre mois plus tard, le 7 novembre 2019, il recevait, en direct sur RTL, un très chaleureux témoignage de soutien du chef de l’État, qui disait comprendre « le sentiment d’injustice » ressenti par l’ancienne gloire des Bleus. Comme un message subliminal aux magistrats et policiers chargés du dossier. Un simple « message amical », dément l’Élysée auprès de Mediapart.
Cet épisode très embarrassant pour le président de la République, qui est, en vertu de la Constitution, le garant de l’indépendance de la justice, est documenté par des écoutes judiciaires ordonnées par le PNF sur le téléphone de Michel Platini, en novembre 2017 puis en juin 2019, pendant un mois à chaque fois.
Les retranscriptions des conversations, auxquelles Mediapart a eu accès, montrent que Michel Platini a mené un lobbying intense auprès d’Emmanuel Macron pour tenter d’influencer le cours des enquêtes judiciaires qui le visent en Suisse et en France, avec l’aide de deux personnages proches du président : le haut magistrat Michel Debacq et le journaliste Jacques Vendroux, qui a été la voix du foot de France Inter pendant des décennies, le directeur des sports du groupe de 2002 à 2019, puis a rejoint Europe 1 fin décembre dernier.
Ces écoutes montrent également que l’Élysée a menti au sujet du rendez-vous organisé par Jacques Vendroux entre Emmanuel Macron et Michel Platini en mars 2018. Lorsque Mediapart l’avait révélé en 2020, l’Élysée nous avait assuré que la situation judiciaire de Michel Platini n’avait pas été abordée.
Confronté au fait que les écoutes confirment que le cas du justiciable Platini était bien au menu des discussions, l’Élysée ne dément plus, mais affirme que l’entretien a « essentiellement » porté sur le football, et que l’ancien président de l’UEFA n’a sollicité « aucune demande d’intervention du président dans une procédure judiciaire ».
Les écoutes jettent de nouveau une lumière crue sur les rapports que la présidence de la République entretient avec l’idée même d’indépendance de la justice, notamment après la révélation par Mediapart des conditions du classement de l’affaire Kohler à la suite d’une intervention du président Macron en personne.
Les écoutes montrent que l’Élysée a menti au sujet du rendez-vous organisé entre Emmanuel Macron et Michel Platini en mars 2018.Pour Nicolas Sarkozy comme pour Emmanuel Macron, l’affaire Qatar 2022 est désormais ultrasensible. Révélations sur une pièce en deux actes, dont le scénario est identique : un coup de pression de Michel Platini, suivi d’une déclaration publique de soutien du président Macron.
Sollicité par Mediapart, Michel Platini n’a pas répondu.
Acte I : en 2017, le rendez-vous à l’Élysée et la note à Emmanuel Macron
C’est l’affaire qui a mis fin à sa carrière. En 2015, Michel Platini doit démissionner de la présidence de l’UEFA et de la vice-présidence de la Fifa, à cause du « paiement différé » de 1,8 million d’euros consenti en sa faveur par Sepp Blatter, l’ancien patron de la fédération internationale de football. Le parquet fédéral suisse a ordonné en novembre dernier le renvoi des deux hommes devant un tribunal, où ils seront jugés notamment pour « escroquerie » et « abus de confiance ».
En décembre 2017, l’ancien numéro 10 des Bleus bénéficie encore du statut de témoin assisté (à mi-chemin entre le témoin et le mis en examen). Mais cette procédure l’inquiète déjà. Il espère qu’Emmanuel Macron pourra l’aider à peser sur la justice suisse.
Michel Platini peut compter sur un allié de poids : Michel Debacq, un haut magistrat proche d’Emmanuel Macron, avocat général à la Cour de cassation. Les deux Michel ont été mis en relation par un ami commun : Jean-Pierre Chanal, à l’époque directeur général adjoint des services de Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille.
Le 10 décembre 2017, Michel Platini discute avec son conseiller en communication Jean-Christophe Alquier, au sujet de ses rendez-vous prévus le lendemain avec Michel Debacq et son avocat William Bourdon au sujet de l’affaire du paiement différé, instruite à Berne par le parquet fédéral suisse : « Je mange avec […] Bourdon […] et puis après […] je vais voir mon magistrat là pour lui expliquer tout. […] Puis je vais demander à Bourdon qu’il m’écrive, pour le président de la République, une note, […] voilà mon histoire […] et voilà ce que je vais faire. » « Remettre un papier à Macron » est « une bonne idée », approuve Alquier.
Le lendemain, Michel Platini fait un compte-rendu des rendez-vous à Jean-Pierre Chanal : « J’ai vu un peu notre ami Michel [Debacq]. […] On va contre-attaquer. Bon, s’il trouve le moyen que Berne décide de me lâcher les calbuttes et qui clôt l’affaire, mais c’est pas facile. […] Donc mon seul rendez-vous, c’est avec le président de la République début janvier pour qu’éventuellement, il m’aide à faire quelque chose. »
Il est normalement interdit à un magistrat de se mêler d’un dossier judiciaire dont il n’est pas chargé. Mais cela ne semble pas poser problème à Michel Debacq :
« Il s’est lâché aujourd’hui avec moi. Il était plus décontracté. Plus tranquille, raconte Michel Platini.
— Tu peux t’appuyer sur lui, c’est un type bien. Et solide…, répond Jean-Pierre Chanal.
— Ouais ouais, je pense que s’il y avait eu un problème, […] il se serait pas aventuré.
— Ah non, mais d’abord et puis il te le dirait […]. Et puis c’est un mec qui peut faire passer des messages […] à l’Élysée avant que tu y ailles […]. Il a vraiment ce qu’il faut comme entrées là-bas !
— Ouais ouais. Tout à fait, oui », conclut Michel Platini.
Interrogé, un porte-parole d’Emmanuel Macron indique qu’« aucun contact n’a eu lieu entre l’Élysée et Michel Debacq sur la situation de Michel Platini ». Michel Debacq a refusé de répondre, indiquant avoir rencontré l’ancien 10 des Bleus à titre purement « amical ». William Bourdon, qui n’est plus l’avocat de Michel Platini, s’est refusé à tout commentaire en raison du « secret professionnel ».
Trois jours après cette conversation téléphonique, un nouveau front judiciaire s’ouvre en France. Dans le cadre de l’enquête sur le Mondial 2022 au Qatar, le PNF fait perquisitionner, le 14 décembre 2017, les domiciles de Michel Platini, qui est auditionné dans la foulée comme suspect libre.
Le rendez-vous prévu avec Emmanuel Macron prend une tout autre importance. « ll faudra qu’on prépare bien soigneusement […] ta rencontre avec le président, parce que, pour le coup, il faudra que tu sois très précis, très préparé », dit Jean-Pierre Chanal à Michel Platini le 21 décembre.
L’ancien président de l’UEFA va y aller « avec Jacques Vendroux ». Il veut remettre au chef de l’État une note sur sa situation judiciaire, rédigée par son avocat et que le magistrat Michel Debacq doit relire.
Michel Platini semble vouloir proposer un « deal » au président. « Je vais lui faire une note […], comme ça il verra ce que j’ai envie de faire […]. Il faut absolument le convaincre que je vais faire ça pour faire avancer les affaires de… », dit-il au téléphone, sans préciser de quelles « affaires » il s’agit.
Quatre jours plus tard, le 25 décembre, Michel Platini prépare l’entretien avec Emmanuel Macron avec Jacques Vendroux, directeur des sports de Radio France, qui a manifestement mis de côté la déontologie journalistique : « Moi, je lui dirai [à Emmanuel Macron] […], pour te mettre à l’aise, que c’est moi qui ai un peu cassé les couilles à tout le monde pour qu’il te rencontre. Parce qu’il y avait injustice […], et que moi j’aime pas l’injustice. »
« Comment il est Macron comme personne, toi qui l’as fréquenté ? Comment il est ?, demande Michel Platini.
— Très sympa, très sympa. […] Tu vas voir, ça va être très simple. Il va te dire : “Voilà […], qu’est-ce que je peux faire pour vous ? […] Vous représentez le patrimoine de la France”, etc. […]. Je ne suis pas inquiet du tout, répond Jacques Vendroux.
— Moi non plus je ne suis pas inquiet, mais tu sais, je suis toujours tombé avec des vieux qui t’écoutent et qui s’en battent les couilles.
— Ah non, lui il s’en bat pas les… Attends, depuis le début personne s’en bat les couilles, hein », conclut Jacques Vendroux.
Michel Platini indique qu’il remettra au président « la lettre » sur ses problèmes judiciaires. Jacques Vendroux espère qu’à la fin de l’entretien, Emmanuel Macron fera « venir […] un de ses valets pour qu’il s’en occupe bien ».
Le rendez-vous a eu lieu le 8 mars 2018 au palais de l’Élysée. Lorsque nous avions révélé l’existence de cette rencontre en 2020, l’entourage d’Emmanuel Macron avait démenti que la situation judiciaire de Michel Platini ait été abordée, soulignant que « le président sait parfaitement qu’il ne peut pas évoquer le dossier individuel d’un justiciable ».
Confronté au contenu des écoutes, l’Élysée ne dément plus mais affirme qu’« aucune demande d’intervention du président dans une procédure judiciaire n’a été sollicitée ni évoquée ».
L’Élysée reconnaît qu’un « document synthétisant la situation judiciaire de M. Platini a été remis au conseiller chargé des sports du président », mais après la rencontre. « Ce document ne comportait que des éléments connus et publics », précise l’Élysée.
Sollicité en 2020, Jacques Vendroux avait reconnu que la situation judiciaire de son ami avait bien été abordée, mais affirmait que « Michel n’a rien demandé et le président n’a rien promis ». Sollicité à nouveau, il a refusé de répondre. Michel Platini n’a pas donné suite.
Deux mois plus tard, le 24 mai 2018, Michel Platini reçoit une lettre du parquet suisse lui indiquant qu’il ne sera pas poursuivi dans l’affaire du paiement différé (ce n’était que provisoire, puisqu’il sera finalement renvoyé devant le tribunal).
Emmanuel Macron en profite pour témoigner publiquement son soutien à Platini, le 10 juin 2018, dans l’émission « Téléfoot » sur TF1. Le président se « félicite » de la décision de la justice suisse et « souhaite que Michel Platini reprenne toute sa place » dans le football. Alors même qu’il est toujours sous enquête de la justice française et suspendu pour quatre ans par la Fifa.
Acte II : En 2019, le « couteau sous la gorge » du président Macron
Se croyant, à tort, blanchi par la justice suisse, Michel Platini a déposé à Paris une plainte pour « dénonciation calomnieuse » et « association de malfaiteurs », visant ceux que l’ancien patron de l’UEFA soupçonne d’être à l’origine du « complot » qui a ruiné sa carrière : l’ancien patron de la Fifa Sepp Blatter et son ex-directeur juridique, Marco Villiger – les deux hommes ont démenti.
La manœuvre est juridiquement bancale : la justice française n’est normalement pas compétente, puisque les faits se sont intégralement déroulés en Suisse. Mais Michel Platini veut convaincre le parquet de Paris d’ouvrir une information judiciaire, avec l’aide du magistrat Michel Debacq… et du président Macron. « J’ai envoyé un truc à l’Élysée en disant que le président il a dit qu’il m’aiderait. Ça serait bien qu’il le montre maintenant », lance-t-il au téléphone le 24 mai 2019.Mais encore une fois, Michel Platini est rattrapé par l’affaire Qatar 2022. Le 18 juin 2019, il est convoqué au siège de la police judiciaire à Nanterre pour un interrogatoire par les policiers de l’office anticorruption (OCLCIFF). À sa grande surprise, il apprend, en début d’audition, qu’il est placé en garde à vue.
Au cœur de l’affaire, il y a le fameux déjeuner de l’Élysée organisé par Nicolas Sarkozy fin novembre 2010, deux semaines avant le vote de la Fifa attribuant la Coupe du monde 2022, en présence de l’émir du Qatar.
Les enquêteurs soupçonnent que Nicolas Sarkozy y a convaincu Michel Platini de soutenir le Qatar, et d’avoir obtenu, en échange de son vote, que l’émirat rachète le PSG. L’ancien patron de l’UEFA y était opposé, mais il a mis de l’eau dans son vin : dans la foulée de l’acquisition du PSG, le patron du club, Nasser al-Khelaifi, a embauché en 2011 le fils de Michel Platini comme patron de l’équipementier qatari Burrda Sport (lire ici).
Le surlendemain de sa garde à vue, Michel Platini a justement reçu un gentil SMS de Nasser al-Khelaifi. « Bonjour président, j’espère que vous allez bien. Vous avez tout mon soutien, monsieur », lui écrit le patron du PSG. « Merci Nasser, je vais très bien », répond Platini.
Cela ne suffit pas à réconforter l’ancienne gloire des Bleus. Il a vécu son placement en garde à vue comme une humiliation. Il répète à ses interlocuteurs qu’il est innocent, qu’il n’a « rien à [se] reprocher », et qu’il est la « victime » collatérale d’une affaire qui le dépasse : « Ils me font chier un peu parce qu’ils cherchent sur Sarkozy. […] Ils regardent si je suis corrompu, mais ils peuvent chercher ce qu’ils veulent, je ne le suis pas. »
Michel Platini en veut à Nicolas Sarkozy, qu’il accuse de l’avoir piégé en l’invitant à l’Élysée sans lui dire que le prince héritier du Qatar serait là. « Il a voulu faire le barbeau. […] Donc là, il s’est mêlé de la Coupe du monde 2018 et 2022, voilà. Alors après, si c’est dans l’intérêt de la France, pourquoi pas. Si c’était dans son intérêt personnel ben… aux flics à le trouver ! C’est leur problème. »
L’ancien patron de l’UEFA est surtout dans une colère noire contre l’un des deux procureurs du PNF en charge de l’enquête à l’époque : « De m’avoir mis en garde à vue, c’est un vrai connard celui-là. » Le 20 juin 2019, deux jours après la garde à vue, son conseiller en communication Jean-Christophe Alquier lui propose de contre-attaquer : « Le deuxième chantier pour moi, […] c’est la récusation des deux procureurs. » « Non, mais là, ça va bouger. Je te dirai des choses […] quand tu viendras OK ? », lui répond Michel Platini.
Ce ne sera finalement pas nécessaire, puisque le procureur du PNF que Platini a insulté a obtenu un poste à Marseille. Lorsqu’il apprend la nouvelle fin juin 2019, Michel Platini ne s’en réjouit même pas, parce qu’« un autre » procureur va prendre la suite et lui « casser les couilles ». « Ils n’ont qu’à me mettre en prison directement », ajoute-t-il.
Michel Platini veut de nouveau faire appel à Emmanuel Macron. Mais de façon beaucoup plus agressive. À cause du comportement « honteux » du procureur, il lance à son épouse le 27 juin 2019 : « Je voudrais quitter la France. […] Je voudrais le dire à Macron, quand je le vois je lui dis. ». « Je peux le comprendre, mais faut pas le dire au mec comme ça, faire un chantage de […] gamin », répond-elle.
Le 3 juillet 2019, au petit matin, c’est au tour de son fils, Laurent, d’être perquisitionné, à cause de son embauche par le Qatar. Pour Michel Platini, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. À 13 h 01, il demande à son communicant Jean-Christophe Alquier de rédiger « un petit courrier » qu’il veut envoyer à Cyril Mourin, le conseiller sport du président Macron : « Un truc disant qu’on commence à en avoir plein le cul, ça suffit, maintenant je sais ce que j’ai fait. […] Je vais l’envoyer, maintenant ça suffit. Si ça vient d’en haut… »
« Je pense que c’est la bonne solution et à la limite je pense qu’à un moment donné, il faudra que tu voies le président », lui répond Alquier. « Absolument, abonde Michel Platini. Et je lui mettrai le couteau sous la gorge, je lui dirai : “Ou ça se passe comme ça, ou on me blanchit complètement, ou je me casse, au revoir et c’est fini. Écoutez-moi bien, vous m’avez tué.” »
L’ancien patron de l’UEFA peut compter une nouvelle fois sur son copain Jacques Vendroux : « J’ai le président de la République en direct à 16 heures, sur France Info pendant 40 minutes », lui annonce le journaliste au téléphone le 6 juillet. L’entretien est calé le lendemain au stade de Lyon, pour la finale de la Coupe du monde féminine de football. Ce scoop décroché par Vendroux illustre la proximité avec le président : c’est la toute première interview accordée par Emmanuel Macron au groupe Radio France depuis son élection.
« Très bien ! Formidable », réagit Michel Platini. « Donc, je vais essayer de lui parler de toi », indique Jacques Vendroux, qui promet d’agir uniquement s’il n’y a pas de témoins : « Tu vois, y a des langues de pute, donc je vais essayer de le choper en tête à tête. »
« Dis-lui simplement qu’ils me cassent les couilles parce qu’ils veulent pêcher un gros poisson. […] Je veux le voir cet été si je peux le voir cet été », lui répond l’ancien président de l’UEFA. « Non, mais Michel, il peut pas te voir cet été, parce que ça va se voir, lui conseille le journaliste. S’il te reçoit, c’est à l’Élysée, à la rentrée discrètement. […] Mais je vais lui dire, hein ! »
Michel Platini est impatient. « Rien de neuf ? », demande-t-il le 7 juillet 2019 à 18 h 54, peu après l’interview. « Non pas eu le temps, trop de monde », répond Jacques Vendroux. Michel Platini envoie l’émoticone d’un personnage faché.
Le lendemain, Jacques Vendroux rappelle son copain, pour lui expliquer qu’il n’a pas pu parler au président Macron, mais qu’il a pu glisser un mot à son conseiller sport Cyril Mourin :
« Hier y’avait trop de monde, Michel. Impossible. J’ai simplement dit à Mourin, à un moment il était seul avec moi […] : “Putain là c’est chaud ce que vous avez fait à Michel. La garde à vue, etc. Il le prend pas très bien. Même très mal.” Il m’a fait : “Oui je sais.” C’est tout. Après y’a quelqu’un qui [est] arrivé », raconte Jacques Vendroux.
— C’est bien que tu lui aies dit. C’est largement suffisant. […] Comme ça, moi, ça m’évite de lui envoyer un truc où je vais l’insulter. […] De toute façon on sait très bien qu’on n’attend rien de personne, répond Michel Platini.
— Oui, mais […] à un moment donné, j’ai pensé, j’ai même imaginé un moment lui poser une question en direct [à Emmanuel Macron].
— Non, non, non, non !
— Non, mais je l’ai pas fait ! Parce que je réfléchissais trop tu vois, en me disant : “Est-ce que c’est bien ? Est-ce que c’est pas bien ? […] Est-ce que je lui rends service ? Est-ce que je lui rends pas service ?”
— Non, non, non, non, non, t’as bien fait.
— J’avais ma bonne réponse tu vois. Parce que là, c’était en direct tu vois. Lui [Emmanuel Macron] a été sympa avec moi, je voulais pas le mettre dans l’embarras », conclut Jacques Vendroux.
« Le président n’a pas été informé de cet échange entre son conseiller et Jacques Vendroux », nous a indiqué l’Élysée.
L’entourage d’Emmanuel Macron ajoute que Michel Platini n’a pas rencontré le président par la suite, mais qu’il a pu s’entretenir avec son conseiller Emmanuel Mourin pour exprimer « son incompréhension sur sa situation judiciaire et la sensation que la justice française s’acharnait contre lui ». « À cette occasion, M. Mourin lui a rappelé que l’exécutif ne pouvait pas intervenir à la faveur ou à la défaveur d’un justiciable. Cet échange n’a pas été porté à la connaissance du président de la République », ajoute l’Élysée.
Mais le coup de pression de Michel Platini semble, une nouvelle fois, avoir fonctionné.
Le message d’amitié du président Macron au justiciable Platini, le 7 novembre 2019 sur RTL ©️ RTL
Quelques mois plus tard, le 7 novembre 2019, il a reçu, lors d’un interview sur RTL, une étonnante marque de soutien d’Emmanuel Macron. Le chef de l’État est intervenu en direct pour chanter les louanges de son « cher Michel, cher Platoche » : « Je sais que les dernières années ont été dures, que les blessures ont parfois été profondes, que le sentiment d’injustice aussi est là. Et au fond, j’avais un message, c’est ce message d’admirateur, ce message de remerciement, et ce message qui consiste à vous dire, vous avez encore plein de choses à apporter au football français et aux jeunes Français. […] Donc bravo, merci et revenez, ça me ferait plaisir. »
Le justiciable Platini a apprécié : « Je crois que je vais m’évanouir, je suis très très ému », a-t-il réagi à l’antenne.
Sollicité par Mediapart, l’entourage d’Emmanuel Macron répond qu’il « a juste souhaité adresser un message amical à l’immense footballeur ».
Deux mois plus tard, en décembre 2019, le Parquet national financier ouvrait une information judiciaire sur l’attribution du Mondial 2022, désormais menée par les juges d’instruction Marc Sommerer et Virginie Tilmont. Les magistrats n’ont à ce stade prononcé aucune mise en examen. Michel Platini est présumé innocent.
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